Mercredi 8 octobre 2008
Cette tribune a été publiée le mardi 10 juin 2008 par le quotidien Les Echos sous la signature de NICOLE BRICQ, sénatrice (PS) de Seine-et-Marne, CHRISTOPHE CARESCHE, député (PS) de Paris, et GÉRAUD GUIBERT, responsable national du PS.

Le congrès socialiste débouchera sur l'élection d'un ou d'une premier secrétaire mais ne saurait se résumer à cela. Les vrais débats de fond doivent être traités. La nouvelle direction du parti devra fonder son action sur la redéfinition d'un projet crédible, en phase avec les enjeux des temps présents. Nous avons trop souffert ces dernières années d'esquives, d'approximations, d'obscurités, voire parfois de double langage sur les questions essentielles de l'avenir, comme les modalités de régulation économique, la prise en compte du vieillissement, les moyens de donner corps à l'égalité réelle, la construction d'un nouveau modèle de développement ou encore les outils de lutte contre les discriminations.
L'enjeu de l'urgence sociale, qui est le combat de la gauche, s'inscrit dans un contexte très nouveau. La triple crise alimentaire, énergétique et climatique que nous vivons ne fait que commencer. Elle est le fruit de l'incapacité de notre modèle de développement à se reproduire de manière durable, en évitant la surexploitation des ressources naturelles non renouvelables. Elle menace les fondements même de l'équilibre de nos sociétés en remettant en cause la nature même du progrès. Elle porte des risques majeurs pour la cohésion sociale et pour l'avenir, les plus pauvres étant les premières victimes. Les deux défis de l'urgence sociale et écologique doivent ainsi constituer conjointement la nouvelle frontière de l'action d'une gauche moderne.

C'est dans ce contexte que le Parti socialiste a décidé que la première étape de son processus de rénovation sera consacrée à la réécriture de sa déclaration de principes. Nous prenons cet exercice très au sérieux, que le seul travail d'une poignée de dirigeants, aussi éminents soient-ils, ne peut suffire à finaliser. Nous avons d'ores et déjà pris plusieurs initiatives pour qu'il soit pleinement discuté par les adhérents du PS.

Les médias ont à juste titre souligné que le projet actuel de déclaration de principes avait le mérite de reconnaître le réel, c'est-à-dire la conception réformiste qui doit être celle du Parti socialiste. Mais cette approche doit se fonder sur des bases claires, adaptées aux nouveaux défis de notre époque. Le texte actuel présente de ce point de vue des avancées, puisqu'il admet que la protection de la planète est un enjeu en tant que tel. Mais il n'est pas dépourvu d'ambiguïtés qui nuisent au nouveau message dont il se veut porteur. Celles-ci ne sont hélas pas nouvelles et reflètent les incertitudes programmatiques actuelles d'une gauche qui a trop souvent pris l'habitude du langage à géométrie variable, par exemple en matière de fiscalité pétrolière ou de politique énergétique.

C'est pourquoi les militants, responsables et élus socialistes regroupés dans le pôle écologique du PS ont décidé de proposer à la discussion des amendements sur trois points principaux, dont on mesure aujourd'hui l'actualité profonde à la lumière du débat sur les OGM ou la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement.

Le premier consiste non seulement à reconnaître mais aussi à défendre la validité et la portée du principe de précaution. Si les sciences et les techniques ouvrent de nouveaux espaces de liberté et de créativité, elles peuvent aussi détruire ou pervertir toute forme de vie. Aussi, dans une optique de précaution, il faut agir pour que les innovations scientifiques et techniques issues de toutes les sciences, les sciences dites « dures » comme les sciences sociales, bénéficient à tous les hommes et toutes les femmes, aux générations présentes comme aux générations futures, et contribuent à préserver la pérennité de toutes les formes de vie sur Terre.

Le deuxième est d'admettre explicitement l'ampleur et la portée de la crise écologique et des menaces que font peser le changement climatique et les atteintes majeures à la biodiversité, termes qui ne figurent pas dans le texte actuel de la déclaration de principes. Qu'on le veuille ou non, ces préoccupations doivent être au coeur d'une politique économique et sociale de gauche, sous peine de s'interdire de construire un avenir soutenable.

Le troisième est de fixer clairement comme objectif non la décroissance, qui générerait davantage d'inégalités et de pauvreté, mais un autre modèle de développement. Celui-ci doit comporter un impératif de diminution du prélèvement sur les ressources naturelles, en le conjuguant avec une répartition plus égalitaire des richesses produites. Cette priorité ne sera pas facile à mettre en oeuvre, mais elle est indispensable si on ne veut pas demain connaître une crise encore plus profonde que celle d'aujourd'hui, dont les plus démunis seraient évidemment les premières victimes. La croissance ne peut qu'être placée sous la double conditionnalité de l'impératif écologique et de la cohésion sociale.

Ces propositions d'amendements ont d'ores et déjà une forte résonance dans les sections et les fédérations du parti. « Gouverner, c'est choisir », écrivait Pierre Mendès France. Encore faut-il que ce choix s'effectue en toute connaissance de cause et après un vrai débat. La discussion de la nouvelle déclaration de principes doit en être la première occasion.
Par Pôle écologique 29
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Mercredi 8 octobre 2008
Le Pôle Ecologique du PS – Finistère a été lancé officiellement ce samedi à l'occasion de l'Université de Rentrée du PS 29.

Le 6 novembre prochain les adhérents socialistes auront à choisir, non un nouveau leader, mais les grandes lignes de leur projet politique. 6 motions sont présentées, dont la motion déposée par le « Pôle écologique du PS ».

Créé début 2008, le Pôle écologique défend l’idée que la crise écologique risque d’accentuer plus encore la crise sociale (coûts des déplacements, du logement, conflits d’accès aux ressources, …). Urgence écologique et urgence sociale sont intimement liées. Dans ce contexte, le Parti Socialiste doit proposer des réponses nouvelles, audacieuses et pragmatiques.

Cette motion incarne un élément de renouveau à gauche : elle propose de débattre au fond et non sur le nom du leader, elle affirme pour la première fois une vraie sensibilité écologique au PS et propose une ligne politique lisible autour de propositions claires ; enfin, le texte propose des évolutions fortes pour la rénovation du PS.

Soutenu par des élus (Ph. Tourtelier, Député d’Ille-et-Vilaine, N. Bricq, Sénatrice, JL Touraine, Président du Conseil général 35…) et de simples militants, ce nouveau projet a tout sa place en Finistère.

Le Pôle écologique du PS – 29 est ouvert aux adhérents du PS et à tous ceux qui souhaitent renouveler le débat à gauche en affirmant le lien entre urgence écologique et urgence sociale.

Retrouvez le texte de la motion et des informations complémentaires sur le réseau social créé par le Pôle écologique www.monpoleecologique.fr.

Contact : poleecologique29@orange.fr
Par Pôle écologique 29
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Mercredi 8 octobre 2008


Découvrez le texte de la motion :

http://www.monpoleecologique.fr/lamotion
Par Pôle écologique 29
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Mercredi 8 octobre 2008

Cet article a d'abord été publié sur le site de Temps réels : http://www.temps-reels.net/article1814.html

De la contribution générale...

Des 21 contributions générales, celle du Pôle écologique était celle qui accordait la plus large place aux enjeux numériques. Ce n’est pas tout à fait fortuit : le Pôle écologique a accueilli des militants de temPS réels, leurs préoccupations et bon nombre de leurs propositions.

Une société de la connaissance ouverte

Nous venons de traverser cinq années pendant lesquelles les politiques conduites par le gouvernement ont traité internet et le numérique comme des menaces et non comme une chance. Il faut changer ce regard, reconnaître le présent et prendre le parti des possibles.

Le développement de l’internet et du numérique ouvre la perspective d’une société de la connaissance ouverte. De nombreux facteurs peuvent en entraver l’avènement. Les pressions seront fortes et les occasions nombreuses pour limiter ces libertés et les capacités données aux citoyens. De puissants groupes d’intérêt, certaines forces au sein des États, et en particulier les dictatures, n’auront de cesse de revenir sur ces libertés et ces capacités nouvelles. Jamais autant d’informations, de connaissances et de création n’ont été accessibles à un aussi grand nombre d’individus. Plus important encore, jamais autant de personnes n’ont été en mesure d’exprimer leurs opinions sur les affaires du monde, mais aussi de rendre leurs productions accessibles et réutilisables et ainsi d’en créer de nouvelles.

Lorsque leur développement s’effectue dans un cadre démocratique et ouvert, les technologies numériques et internet ouvrent un extraordinaire espace de libertés : libertés de s’exprimer, de créer, d’accéder à l’information et aux oeuvres, mais aussi d’innover à faible coût d’entrée.

A partir du moment où existent certaines architectures techniques et que les savoirfaire nécessaires pour en faire un usage pertinent sont largement diffusés, ces libertés deviennent constitutives, comme le dit Amartya Sen, de capacités.

Internet et le numérique augmentent les capacités d’expression et d’action des individus et des groupes. Et démultiplient leur rayon d’action. Ces capacités permettent à chacun et chacune de faire entendre sa voix. D’échanger avec d’autres et de coopérer. D’entreprendre. D’atteindre un public ou des marchés. D’entrer en contact avec un grand nombre de personnes, sur un territoire ou dispersées dans le monde. D’opérer sur une base géographique étendue. D’agir comme consommateur responsable et comme citoyen.

Comme toute grande transformation, internet et le numérique bousculent les positions acquises. Ils apparaissent comme un désordre avant de montrer la richesse de ce qu’ils produisent. La transition est difficile, et il est justifié de veiller à ce qu’elle ne soit pas destructrice de qualités précieuses. Mais il ne faut pas s’y tromper : le monde ne restera pas en place. Les bénéfices qu’en tireront les sociétés dépendent pour beaucoup de la maîtrise qu’en auront les citoyens et de la pertinence des politiques qui seront conduites. Une fois les possibles reconnus, les défis commenceront : les bénéfices d’une société de la connaissance ouverte ne se développeront pleinement que si on investit dans ses bases éducatives, sociales et économiques.

Système éducatif

L’Education nationale a assumé, depuis la deuxième guerre mondiale, une croissance continue du nombre d’élèves scolarisés [3]. Au collège, avec la réforme Haby et l’instauration, en 1975, du collège unique, c’est, chaque année, la totalité d’une classe d’âge (environ 750 000 élèves) qui reçoit le même enseignement : programme, méthodes, outils.

Au XIXe siècle, les « études », dirigées par des personnels spécifiques, maîtres d’études, maîtres répétiteurs, professeurs adjoints, représentaient la majeure partie du travail des élèves dans les lycées d’État et surtout les collèges communaux. Au début du XXe siècle, quand la France a scolarisé les enfants des classes moyennes et populaires, elle a renvoyé ces tâches d’encadrement sur les familles : répétition des leçons, accompagnement des exercices et des devoirs, aide aux devoirs, etc. Ainsi, l’école, en se démocratisant, s’est privée du principal instrument de réussite de cette démocratisation. Le nouveau système éducatif a donc été conçu selon les principes d’organisation dominants de cette époque : division du travail entre enseignants (dans le secondaire), durée uniforme des cours, classe constante sur l’année cloisonnement entre l’école et le domicile...

Les outils (manuel scolaire, tableau) et les méthodes (cours magistral, examen individuel écrit et oral) étaient alors adaptés à ces principes. Ils ont tenu tant que le système rejetait les élèves « inadaptés » à cette manière d’enseigner. Avec la massification, l’hétérogénéité croissante des élèves a montré -durement - les limites de ce modèle.

Les moyens manquent donc aujourd’hui pour faire face à la nouvelle massification. Mais les moyens manqueront toujours si l’on se contente des solutions traditionnelles : un système organisé autour d’un modèle pédagogique unique, l’enseignement magistral, et d’un outil, le manuel scolaire papier - devenus obsolètes. [4]

Aussi, nous proposons :

-  un effort massif de rattrapage pour l’école, et surtout pour les universités et la recherche. Celui-ci doit s’accompagner d’une diversification des modèles et d’une multiplication des approches :

-  l’adjonction, pour les tâches de travail personnel, de répétiteurs ;

-  l’ouverture à la coexistence de modèles pédagogiques L’utilisation des outils et ressources éducatives numériques ;

-  l’utilisation des nouvelles technologies ne nécessite pas simplement des ordinateurs communicants, des ressources et des logiciels.

L’Éducation nationale tarde à tirer parti des technologies éducatives qui fournissent pourtant les moyens de véritables révolutions :

-  L’accès à des savoirs nombreux, structurés, actualisés émanant du monde entier ;
-  Des outils de création et de production de niveau « professionnel » mis à disposition de tous ;
-  Des modalités de communication, de travail collaboratif, de publication de résultats et, de manière générale, de nouvelles formes de relations avec des acteurs variés ;
-  Des logiciels permettant de nouer de nouvelles formes de confrontation au savoir, pertinentes et élaborées [5]

Préserver l’espace de libertés constitutif de l’internet

Le respect des libertés fondamentales constitutives d’internet devra être une préoccupation constante. s’agit des libertés d’expression, des libertés d’usage de tout ce à quoi on accède légalement, et des libertés d’innovation, notamment celles qui utilisent les mécanismes de biens communs comme les logiciels libres. D’autres droits peuvent limiter l’exercice de ces libertés, mais jamais leur principe même.

Rééquilibrer la propriété intellectuelle

La révolution informatique et internet ont ébranlé un équilibre qui s’était installé au 19ème siècle et consolidé au 20ème siècle. La propriété littéraire et artistique (droits d’auteur et droits voisins) et la propriété industrielle (brevets, marques) ont été mondialisés par les accords sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) au moment précis où des choix fondamentaux demandaient débat et arbitrage.

Certains de ces choix portent sur les conditions de leur application à de nouveaux objets : droits d’auteur ou brevets pour les logiciels, par exemple. D’autres sur la mise en oeuvre des droits : mesures techniques de protection et leur protection juridique, statut des échanges non commerciaux, nature des sanctions et mesures préventives. Il nous faut parvenir à trouver le chemin du bien public dans une situation inédite. Le relatif équilibre qui s’était installé dans le triangle créateurs / industries culturelles / usagers est profondément chamboulé dans deux directions contradictoires. [6]

Nous proposons d’engager :

· une action prolongée afin de rééquilibrer l’édifice de la propriété intellectuelle pour en refaire un outil respecté de la culture, de l’innovation, au service de la société de la connaissance ouverte que nous souhaitons. Cette action commence en Europe, et le programme du PSE pour les élections européennes de 2009 devra l’inscrire parmi ses engagements politiques.

· une action déterminée contre le durcissement des droits de propriété dans la sphère intellectuelle, en faveur de la liberté de création et de la définition de biens communs non brevetables notamment dans les domaines de la connaissance et des logiciels. Cela passe, par exemple, par un réexamen dans ce sens des directives « bases de données », « droit d’auteur », « respect de la propriété intellectuelle ».

... à la motion

La motion déposée par le Pôle écologique reprend pour l’essentiel les passages cités plus haut.

Elle s’attache à mettre en relief le lien entre la mutation écologique et la révolution numérique.

« Il faut tirer toutes les conséquences de la formidable mutation économique de ce siècle marquée par le passage à une société de la connaissance, de la mise en réseau, et des nouveaux enjeux liés à l’épuisement des ressources non renouvelables. (...) Nos sociétés ont vécu depuis les révolutions industrielles sur le schéma d’une utilisation croissante, sans retenue et très bon marché des ressources naturelles de la planète. Ce schéma est aujourd’hui obsolète. Il s’accompagne d’une nouvelle révolution économique, celle des nouvelles technologies de l’information et de la communication, qui impose de concevoir autrement l’organisation de la société, davantage fondée sur la responsabilité individuelle, une logique de réseau plutôt que centralisée, une importance accrue donnée à la connaissance et à la qualification.

(...)

Pour y parvenir, le socialisme doit engager une double mutation, écologique et culturelle.

La première est la prise en compte de la « nature » et de la planète. Elle nécessite de gérer et de partager des ressources rares, vulnérables, ou non renouvelables, en rupture avec le productivisme. La seconde concerne la « culture », au sens le plus large : la création, la démocratisation culturelle, les medias, l’enseignement, la formation, la recherche, les technologies numériques. Ces deux mutations sont liées. Pour relever le défi écologique, nos sociétés doivent miser sur la connaissance, investir dans l’innovation, tirer parti de la révolution numérique, promouvoir le partage des savoirs, encourager la coopération. »

L’écologie politique et la "politique du numérique" convergent aussi autour d’une critique des dérives du système des brevets.

«  Le brevetage systématique des logiciels, des méthodes intellectuelles et du vivant, s’est imposé à toute la planète, via les accords de l’OMC de 1994 sur la propriété intellectuelle. Ceci contribue à l’intériorisation dans le milieu scientifique des normes et cibles de la valorisation industrielle. Dans les sciences du vivant, le régime du brevet large a ainsi conduit à une course aux gènes et à une concentration oligopolistique non seulement des parts de marché mais aussi de la recherche. Les nouveaux brevets sur le vivant ont tendance à protéger non seulement des applications industrielles précises mais tout un ensemble d’utilisations, voire la totalité des usages prévisibles d’une découverte comme dans le cas des brevets sur les séquences génétiques. Les situations de monopole ainsi créées limitent non seulement la commercialisation par un tiers, mais aussi la poursuite d’autres recherches. Cette suprématie des logiques de rentabilité sur la recherche limite la capacité collective de nos sociétés à produire des connaissances libres, à élaborer une expertise publique indépendante et à développer des innovations d’intérêt général (logiciel libre, santé publique au Nord et au Sud, développement et agriculture durables...). »

Le chapitre "tirer parti de la révolution numérique" s’organise autour de six axes :

-  La libération des capacités de coopération et d’innovation  [7]

-  Un effort massif d’éducation aux technologies numériques [8]

-  La mise en place de nouveaux principes d’action pour l’action publique [9]

-  Le renouvellement et l’approfondissement de la protection des données personnelles [10]

-  La refonte du droit du travail à l’ère numérique [11]

-  la mise au service du développement durable des technologies numériques [12]



[1] La rédaction de contributions générales permet de procéder à une première forme de regroupements autour d’orientations politiques. 21 contributions dites "générales" avaient été soumises à la réflexion des socialistes début Juillet 2008.

[2] Issues de contributions générales, qui convergent dans un texte commun, les motions sont soumises au vote des militants. On sait, depuis le 23 septembre que les militants devront opter entre six motions.

[3]  : 3 % des Français passaient le baccalauréat en 1945 ; ils étaient 35 % en 1985 et sont désormais près de 85 %. Il y a aujourd’hui plus d’enseignants à l’université que d’étudiants en 1950.Cette massification induit le risque d’une hétérogénéité croissante des élèves mais s’est paradoxalement accompagnée d’une uniformisation des pratiques

[4] Ces difficultés surgissent à un moment où l’école est elle-même concurrencée. La société est désormais riche en informations, sollicitations et stimulations. L’enseignant n’a plus le monopole du savoir ni de la parole autorisée à destination des élèves. Les enfants, à travers la télévision, Internet ou le jeu vidéo sont stimulés, intéressés, sollicités et reçoivent une éducation informelle, orthogonale, et parfois même opposée à celle que délivrent les enseignants.

Les réformes, dans le modèle actuel, échouent car il est impossible de réformer sans avoir défini les objectifs, les méthodes, les organisations et les outils de l’enseignement de masse dans la société de l’information. Cette transformation doit être concertée et progressive. Elle doit s’inscrire dans la durée - dix ans au moins - et mobiliser l’ensemble des acteurs : enseignants, État, collectivités locales, familles, chercheurs, producteurs de ressources et de logiciels éducatifs. Il est en effet essentiel de renouer le dialogue sur les objectifs, les moyens et les leviers de cette transformation.

[5] L’utilisation de ces technologies ne nécessite pas simplement des ordinateurs communicants, des ressources et des logiciels : elle appelle avant tout un projet collectif, impliquant la communauté éducative. Pour libérer la créativité et autoriser la juxtaposition des stratégies des enseignants, il faut encourager et récompenser l’initiative pédagogique, soutenir la recherche sur les pratiques et les usages, encourager les expériences favorisant la diversité des parcours et diffuser une culture de l’évaluation de ces efforts. Ceci appelle avant tout un projet collectif, impliquant la communauté éducative.

[6] Les usagers sont dotés par les nouveaux outils de capacités immensément étendues de copier, échanger, recommander, s’exprimer, créer. La frontière qui séparait nettement usagers et créateurs devient floue, et les créateurs voient devant eux de nouvelles possibilités d’atteindre des publics étendus et de faire vivre des oeuvres. Les nouveaux intermédiaires (comme Google) qui servent ces capacités et hébergent des créations devenues innombrables détiennent un pouvoir sans précédent. L’Europe n’y est représentée que par un tissu de petites sociétés innovantes qui pourraient cependant grandir si elles étaient rejointes par quelques grands acteurs et disposaient d’un environnement juridique plus ouvert.Les industries culturelles traditionnelles sont devant le choix de maintenir leurs modèles commerciaux installés en faisant la guerre aux usagers ou de s’adapter aux nouvelles pratiques, mais au prix d’une adaptation drastique de ces modèles commerciaux. Il faudra les aider à effectuer cette transition, notamment pour les producteurs indépendants, sans pour autant ignorer que la transition est inévitable.

Dans cette situation, nous devons permettre le développement d’activités économiquement soutenables qui sont porteuses de diversité culturelle et d’innovation. Il existe aujourd’hui une reconnaissance générale d’une crise provenant d’une délivrance laxiste des brevets ... qui ne s’est pourtant produite que parce qu’on a cédé aux demandes de quelques industriels.

[7] Le respect des libertés fondamentales constitutives d’Internet devra être une préoccupation constante. Il s’agit des libertés d’expression, des libertés d’usage de tout ce à quoi on accède légalement, et des libertés d’innovation, notamment celles qui utilisent les mécanismes de biens communs comme les logiciels libres. D’autres droits peuvent limiter l’exercice de ces libertés, mais jamais leur principe même.

[8] L’éducation joue un rôle central dans la construction des capacités et des savoir-faire nécessaires à l’usage pertinent d’Internet. Un cercle vertueux peut ici s’ouvrir, car les biens communs produits grâce à Internet et au numérique (logiciels libres, ressources éducatives et collaboratives) enrichissent l’action du système éducatif tout autant qu’ils en dépendent. En plus d’avoir un impact sur les ressources éducatives, ces ressources pourront être à l’origine du développement de nombreuses activités économiques.

[9] Gouverner, réformer, communiquer, consulter le public à l’ère du numérique appellent de nouvelles manières d’être et de faire. Dans la sphère politique comme dans celle de la haute administration, les technologies et systèmes d’information relèvent, classiquement, d’une intendance obscure et peu controversée. La prise en compte des systèmes d’information est, pourtant, cruciale pour avancer dans la réforme de l’Etat. Il est impossible de modifier les structures sans avoir préalablement transformé les processus de travail, et inopérant de prétendre installer de nouvelles pratiques sans donner aux agents les moyens de leur installation. C’est en prenant au sérieux l’apport des systèmes d’information dans la production et la distribution des services publics que nous trouverons pour l’administration les marges de manœuvre qui lui font défaut, les degrés de liberté et d’intelligence qui lui manquent aujourd’hui.

[10] Les enjeux de protection de la vie privée vont devenir de plus en plus aigus dans un environnement massivement numérisé et interconnecté... Les nouvelles formes de collecte de données et de traçage ainsi que l’affirmation de technologies telles que les moteurs de recherche font surgir de nouveaux risques de fichage inconsidéré par des acteurs privés. Les acteurs publics sont eux aussi tentés, notamment pour lutter contre le terrorisme et déployer l’administration électronique, de créer des identifiants uniques, d’autoriser le croisement généralisé de fichiers et d’étendre les possibilités de collecte et de conservation de données.

Le développement de l’échange et du partage des données doit se faire dans le respect - mieux, dans l’accroissement de la protection de la vie privée. Des systèmes informatiques bien conçus, réduisant les données exploitées au strict nécessaire pour la procédure en cours, contrôlés par une CNIL dotée de pouvoirs réels, permettront de réduire la diffusion de données inutiles et de donner aux Français une véritable vue d’ensemble et la maîtrise réelle de l’utilisation de leurs données.

Il faudra remettre à plat le projet de carte d’identité biométrique, rétablir le contrôle a priori et a posteriori de la CNIL sur les fichiers policiers, préserver le droit à l’oubli et soumettre toute proposition risquant de conduire à un affaiblissement de l’état actuel de protection des données personnelles au nom d’exigences sécuritaires à un débat public

[11] Une majorité des salariés européens travaille d’ores et déjà sur ordinateur ou participe à des processus de production informatisés. Les technologies numériques ouvrent la voie à de nouvelles formes de surveillance. Les systèmes de contrôle, largement informatisés, peuvent enregistrer les traces laissées par les salariés à chacun de leurs passages (contrôles d’accès) ou à chacune de leurs transactions. L’éclatement du collectif de travail, les équipes de travail restreintes, la dispersion géographique des sites, les horaires individualisés entravent rendent inopérantes les formes classiques de la communication syndicale, panneau syndical et tract. Les syndicats doivent pouvoir utiliser les réseaux d’entreprise pour communiquer avec les salariés. Ce droit doit être compris comme une extension moderne du droit à l’affichage et à l’information. Ces enjeux, très concrets pour les salariés, appellent la définition de nouveaux droits.

[12] Il s’agit par exemple d’assurer la traçabilité à l’échelle mondiale des chaînes alimentaires, en développant l’éco conception des matériels informatiques, en allongeant la durée de vie des outils et en créant un marché de l’occasion.

Par Pôle écologique 29
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  • : Le pôle écologique du PS regroupe des élus et des militants socialistes de toutes générations, régions et sensibilités qui agissent pour que leur parti tire profondément dans sa rénovation les conséquences de la crise écologique et climatique sur le devenir des sociétés humaines. Parce que la question sociale et la question environnementale sont les deux faces d'une même médaille.
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